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Ethnie Brâu, petite ethnie du Vietnam

Auparavant, le peuple Brâu vivait dans la zone frontalière entre le Vietnam, le Laos et le Cambodge. Poussés par les guerres, ils sont le dernier peuple à s’installer au Vietnam il y a plus d’un siècle (début du XXe siècle).

Actuellement, les Brâu se concentrent principalement dans le village de Dak Mê, à 10 km de la frontière internationale de Bo Y et à près de 100 km de la ville de Kon Tum (dans les Hauts Plateaux du Centre du Vietnam, Tây Nguyên).

Le groupe ethnique Brâu, également connu sous le nom de Brao, compte environ 1000 personnes. C’est un des groupes ethniques du Vietnam le plus petit avec les Si La, les Pu Peo, O Du et les Ro Mam. Les Brau n’ont pas d’écriture, mais ils possèdent leur propre langue parlée, appartenant au groupe môn-khmer de la famille des langues austro-asiatiques.

Pendant les deux dernières guerres, les Brâu menaient une vie nomade très difficile, pratiquant l’agriculture sur brûlis le long de la frontière vietnamienne, laotienne et Cambodgienne. En raison de pratiques agricoles obsolètes et d’une production dépendante des aléas climatiques, leurs conditions de vie sont restées très précaires durant de nombreuses années.

Grâce à la province vietnamienne de Kon Tum et depuis qu’ils sont installés dans le village de Đăk Mế les Brâu ont progressivement stabilisé leurs conditions de vie.

Le village de l’ethnie Brâu, sa maison commune

La maison commune est le cœur de la vie et le lieu des fêtes villageoises.

En 1976, le village Brâu fut déplacé par l’armée de son emplacement en pleine forêt vers les rives d’un ruisseau (aujourd’hui village de Dak Me). Alors, le village ne comptait que 70 foyers. La vie se stabilisant peu à peu, et les villageois allèrent en forêt chercher des matériaux pour construire une maison commune.

Après deux mois de travaux, la nouvelle maison communautaire des Brâu, a été inaugurée dans la joie et l’enthousiasme des villageois.

Lors de l’inauguration d’une maison, les Brau organisent une cérémonie d’inauguration solennelle, et tout le village participe ensuite au festin en l’honneur des esprits.

La structure villageoise des Brâu est communautaire. La maison commune (Nhà Rông) est la plus haute et la plus élégante. Espace sacré où se déroulent les rituels importants des Brâu, elle est érigée au centre du village. Les maisons des villageois, sur pilotis, entourent la maison communale et leurs portes donnent sur elle.

La maison communautaire et les maisons des habitants, possèdent un plancher surélevé de la taille d’un homme adulte debout, les bras levés au-dessus de la tête.

La maison commune, de forme carrée, a quatre pans de toit triangulaires convergeant vers le haut.

Les maisons individuelles sont rectangulaires et ont un toit en forme de A, à deux pans principaux et un pan auxiliaire (le pan principal étant situé en dessous, le pan auxiliaire étant situé au-dessus, il est plus petit que le pan principal).

Pour le peuple Brâu, le toit de la maison est associé à l’image d’une lance.

Le sol des maisons est sur deux niveaux afin de délimiter les espaces de vie. La maison principale est reliée à la maison secondaire par un pont sur pilotis.

Les Brâu construisent sur pilotis pour se protéger des animaux et utilisent l’espace sous les pilotis pour l’élevage. Les toits sont en chaume ou en feuilles de la forêt, les sols et les murs sont faits de bambou ou de rotin, l’intérieur est richement décoré de représentations de la nature, d’oiseaux et d’animaux. Plus un village compte de maisons et plus ses toits s’élancent vers le ciel, plus il est considéré comme protecteur.

Le costume traditionnel des Brâu se caractérise par le rouge et le noir.

Ce qui caractérise les vêtements traditionnels du peuple Brâu, ce sont leurs motifs.

Les femmes portent des vêtements traditionnels dont les couleurs dominantes sont le rouge et le noir. S’y ajoutent des motifs de broderies de fleurs et de plantes aux couleurs jaune, vert et blanc sur fond noir. Chaque couleur possède une signification particulière: le rouge symbolise le sang, la victoire ; le jaune, les bijoux en cuivre ; le blanc, les fleurs ; le vert, les plantes.

Les vêtements féminins sont. Ils intègrent fréquemment des éléments décoratifs : des perles, de l’agate, des formes de flèches, ou d’éléments du modernisme qui contrastent entre tradition et le monde actuel. Les femmes Brâu se parent souvent de bijoux, des boucles d’oreilles, de nombreux bracelets et colliers. Certaines portent même des bracelets en forme de clochettes aux chevilles, qui émettent un doux tintement à chaque pas.

Les motifs des vêtements masculins représentent souvent des clôtures ou des flèches.

Les hommes Brâu portent des chemises courtes.

Autrefois, les Brâu tissaient leurs chemises à partir d’écorce d’arbre broyée. Aujourd’hui, les Brâu ont fait revivre l’artisanat du tissage pour confectionner des vêtements traditionnels. La renaissance de ce tissage traditionnel contribue à la préservation, à la sauvegarde et à la promotion de l’identité culturelle du peuple Brâu.

Us et coutumes particuliers des Brâu

Le limage des dents

Dans la communauté Brâu, pour être reconnu comme adulte, il faut se soumettre au limage des dents. Ce rite est un moyen d’atteindre un idéal de beauté et de démontrer le courage des jeunes gens, garçons et filles, à l’aube de l’âge adulte. Selon la croyance, le limage des dents est aussi un rite qui permet, après la mort, de retrouver ses ancêtres.

Une séance de limage est réussie lorsque les quatre incisives centrales supérieures sont meulées jusqu’à la gencive. La personne qui subit l’intervention endure une douleur qui dure plusieurs heures, après quoi un enduit naturel est appliqué sur les racines des dents pour arrêter le saignement, soulager la douleur et désinfecter.

L’étirement des oreilles des femmes Brâu

Les femmes ont pour coutume d’étirer leurs lobes d’oreilles pour y porter des anneaux de bambou, des boucles d’oreilles en or ou en ivoire. Le processus commence dès l’âge de 1 à 2 ans et se poursuit jusqu’à un âge avancé. Les lobes d’oreilles sont progressivement élargis en changeant la taille des boucles d’oreilles au fil du temps. Lorsque la largeur maximale est atteinte, l’étirement des oreilles est considéré comme une réussite et un signe de bonne fortune pour toute la famille.

Relations sociales

La société de Brâu connaissait une distinction entre riches et pauvres qui s’estompe. La structure familiale patriarcale est fondée sur l’égalité des sexes avec des vestiges de l’ancien système familial matriarcal assez importants.

Le mariage des Brâu

Les mariages sont célébrés chez la mariée, mais les frais sont à la charge de la famille du marié. Après le mariage, en héritage matriarcal, la coutume veut que le marié vive chez ses beaux-parents pendant quatre à cinq ans, cette période est suivie de résidence alternée pour le couple.

Lorsqu’une personne décède

La famille endeuillée fait retentir des gongs et des tambours. Un mausolée est dressé au-dessus de la tombe pour abriter les biens du défunt.

Transmission aux jeunes Brâu

La maison commune sert d’école pour les jeunes. Dirigés par les anciens, les enfants y apprennent les métiers du village, les traditions culturelles de leur ethnie et développent un esprit de combativité pour protéger le village et préserver les coutumes ancestrales.

Arts et culture

La culture traditionnelle des Brâu

Au fil du temps, la communauté Brâu a progressivement développé des caractéristiques culturelles qui lui sont propres. Elle présente cependant des similitudes avec celles des autres ethnies des Hauts Plateaux du Centre.

Animistes, les Brâu confèrent une âme à tout ce qui existe.

Les Brâu croient en un monde polythéiste où les dieux des montagnes, des rivières, de la mer et des arbres sont à vénérer.

Le dieu Pa Xay a créé la pluie et le vent, la vie et la mort. Les pas de Pa Xay ont engendré les rivières, les ruisseaux, les montagnes et les mers.

Le Nouvel An marque la fin de la saison des récoltes. La date exacte varie selon la saison agricole et chaque famille. Le calendrier agricole est basé sur le cycle lunaire et les mois sont déterminés par les saisons de culture du riz, une pratique ancestrale de l’ethnie Brâu.

La danse, les chants et les légendes, les jeux des Brâu

C’est dans la maison commune que sont enseignés et pratiqués les chants folkloriques. Ils comprennent des vers et des récits sur le dieu créateur Pa Xây, des légendes, des chants de mariage et des berceuses.

Les Brâu utilisent des instruments de musique

Les instruments de musique, à vent, à cordes, des gongs et les chants folkloriques sont de toutes les fêtes et cérémonies.

Parmi les instruments de musique, on trouve :

Le khene est un orgue à bouche laotien de 16 tuyaux de bambou.

Le klông pút joué par les jeunes filles. C’est un instrument fait d’une série de 5 ou 7 tubes de bambou de différentes longueurs et de différents diamètres, disposés à l’horizontale. Le klông pút des Brâu produit un son profond, comme les murmures des rivières et des ruisseaux au cœur de la vaste forêt.

Les Gongs Tha, les Brau possèdent également de précieux ensembles de gongs Tha « chieng tha ». Le Gong Tha est considéré comme un objet sacré et un bien inestimable par le peuple Brau. Il ne comprend que deux gongs, mais vaut bien aux yeux des Brâu une bonne dizaine de buffles… !

C’est un objet sacré reliant les humains au monde des esprits. Fabriqué à partir d’un mélange de différents métaux dans des proportions spécifiques, il produit un son unique. On joue des Gongs Tha lors des cérémonies d’accueil, pour le début des moissons ou pour l’inauguration d’une nouvelle maison Rông.

Les Brâu pratiquent des jeux récréatifs

Les Brâu aiment les jeux : le jeu de la toupie, le cerf-volant (cerf-volant sifflet ou cerf-volant papillon), la baignade dans la rivière, le tir à la corde, le jeu du chat les yeux bandés et la marche sur échasses.

Agriculture et artisanat

Autrefois, les Brâu vivaient de l’agriculture sur brûlis

Aujourd’hui, ils cultivent du riz gluant, du riz ordinaire, du maïs et du manioc. Les Brâu vénèrent le dieu du riz et célèbrent des fêtes liées aux cycles de production du riz.

La chasse et la cueillette jouent également un rôle important.

Dans leurs villages, on trouve des ateliers de forgerons pour réparer les outils agricoles. De nombreux hommes tressent des paniers, les métiers à tisser reviennent dans les villages.

Les Brâu échangent des produits forestiers et agricoles contre des jupes, des chemises ou des tissus auprès des groupes ethniques voisins.

A la rencontre des Brâu avec Vietnam Evasion

Kon Tum peut être le point de départ d’une étonnante découverte culture nature, que l’aventure commence !

Proche du Laos le village des Brâu se visite aussi à l’occasion d’une extension Vietnam-Laos en empruntant le poste frontalier de Bo Y.

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Fabienne NGUYEN

Je suis née à Saïgon et ai quitté le Vietnam enfant. Quelques années plus tard, un retour au pays a suscité en moi une émotion intense, comme une véritable révélation : celle de mon pays de naissance, avec ses paysages, ses cultures et ses rencontres si riches. Depuis, j’ai effectué plus d’une dizaine de voyages au Vietnam, dont un grand nombre avec Vietnam Evasion, chacun durant trois à quatre semaines. Avec curiosité, sensibilité et un profond respect des cultures locales, j’explore les nombreuses régions du pays, des grandes étapes incontournables aux chemins plus confidentiels, aux tribus les plus reculées. Mes articles sont avant tout le partage sincère de ce que j’ai véritablement vécu sur le terrain

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